Bienvenue l'ami de Bongo...
Libreville 1995 photo.P.QUEROU
Cette photo là fut prise au Gabon en juillet 1995, lors du premier voyage officiel en Afrique du Président de la République, Jacques Chirac. Les V.O, comme on les appelle dans les rédactions sont une chasse gardée de quelques habitués qui suivent à longueur d'années tous les déplacements du chef de l'état. Et jusqu'à ce jour, je n'avais encore jamais participé à ce genre d'entreprise. J'héritai par hasard de la mission qu'on me présenta comme un cadeau, et compris en découvrant le programme pourquoi les gardiens du temple avaient déserté les lieux. Quatre pays. Casablanca, Yamassoucro, Libreville et Dakar avec plus d'une vingtaine de points à couvrir... en cinq jours.
L'Elysée prenait en charge toute la logistique pour la presse. Mais n'allez pas croire qu'il s'agissait là de corruption ou d'une opération incitant à la propagande, puisque chaque centime de l'époque dépensé, était facturé aux services comptabilités des télévisions,des journaux et des radios qui participaient au voyage...
Dans l'avion du défunt GLAM, qui précédait toujours un peu celui du président, régnait une ambiance familiale. Tout le monde se tutoyait dans la bonne humeur, polémiquant ou ironisant sur le nouveaux souverain. Mais parfois je sentais des tensions entre certains. Et quand au départ de Casablanca, Chirac vint dans notre Airbus nous saluer en serrant chaleureusement la main de chacun d'entre nous, je vis poindre sur le visage de la plupart des journalistes comme une énorme satisfaction qui les fit tous ressembler à des gentils toutous à qui leur maître venait de donner un gâteau.
La capitale gabonaise était notre avant dernière étape. Et lorsque nous débarquâmes sur le tarmack, sous de gros nuages blancs et un temps lourd, une foule énorme, composée en majorité de femmes en habits traditionnels qui agitaient entre leur mains des petits drapeaux bleu, blanc, rouge en papier, attendait le président. Et Aussitôt que les portes de son avion s'ouvrirent et qu'il apparut, les jeunes filles se mirent à danser en chantant en boucle et à pleine voix:
"Bienvenue Président Chirac, Bienvenue l'ami de Bongo."
Je me laissai complètement emporté par cette ambiance joyeusement furibonde, et j'avais envie de chanter et de danser avec elles. Et en oubliai presque que le président venait de monter dans un exemplaire unique d'une énorme Mercedes décapotable. Je me repris et me frayai alors rapidement un chemin au milieu de la foule pour rejoindre mes collègues. Et au moment où je pris la photo, Chirac debout dans l'impressionnante limousine à côté de son ami Bongo, fit mine d'envoyer des baisers à la foule...